La découverte du crime en forêt de Fontainebleau
Le 11 mai 1867, un cocher remarque une « femme à l’ombrelle », allongée dans l’herbe, qui semble dormir au canton de la Tête-à-l’Ane, près de Franchard. Deux jours plus tard, intrigué de revoir la même silhouette au même endroit, il s’approche et découvre avec horreur qu’il s’agit du cadavre d’une femme : celui de Sidonie Mertens. Aussitôt le crime révélé, l’enquête est déclenchée : se rendent sur place le commissaire de police, le procureur impérial et M. Bouilly, juge d’instruction. Le 23 mai, la police procède à l’arrestation de Mathilde Frigard. Elle est emprisonnée à la maison d’arrêt de Fontainebleau.
Deux femmes au cœur des récits
Ce crime concerne deux femmes :
- Sidonie-Marguerite Dussart, âgée de 31 ans. D’origine belge, elle épouse à 19 ans Emile-Jean-Marie Mertens, « négociant expéditeur ». En 1861, âgée de 25 ans, elle devient veuve. Remariée en 1862, mais séparée de son nouvel époux dès 1863, elle s'installe à Paris pour y exploiter divers fond de commerce.
- Mathilde Lebouis, 35 ans. Originaire de l'Eure, elle se marie à l'âge de 19 ans avec Alexandre Frigard, marchand de soie à Caen de 22 ans son aîné, dont elle a 2 enfants. En 1865, l'entreprise de son époux est déclarée en faillite. Face à ces difficultées financières, Mathilde Frigard poursuit alors sa vie à Paris comme marchande de comestibles.
Sidonie Mertens et Mathilde Frigard se rencontrent en février 1867 dans une agence d'affaires. Elles deviennent amies, amantes et associées.
Les jours avant le crime
Les éléments retenus par les journalistes et développés dans l’enquête préalable, nous renseignent sur les deux journées fatales qui précèdent le crime :
- Venues de Paris pour une « partie de campagne » le mardi 7 mai 1867, les deux femmes prennent le train de 18h30 depuis Paris, puis l’omnibus de la gare de Fontainebleau-Avon jusqu'à « l’Hôtel de France et d’Angleterre », face au château. Après leur repas, elles font des emplettes en ville jusqu’à 21 heures.
- Le lendemain, 8 mai, toutes deux s’embarquent en voiture, vers sept heures et quart, conduites par le cocher Emile Tampier : elles passent par le fort l’Empereur (Tour Denecourt), la vallée de la Solle, le mont Chauvet, où elles font halte pour voir la Roche qui remue sous la conduite de la femme Noël qui y tient une boutique de souvenirs et de rafraîchissements (25 centimes le verre de sirop de groseille).
- Elles arrivent enfin à l’Ermitage de Franchard où elles déjeunent (vers dix heures et demi) après avoir renvoyé la voiture (prix de la course : 11 francs). On leur sert des radis, du jambon, du bifteck, des pommes de terre coupées gros et des oranges.
- Après ce déjeuner et malgré la grosse chaleur, les deux femmes font appel à un jeune guide de 12 ans, Jules-Théodore Chaumette, pour les conduire aux rochers de Franchard. Vers midi trente-cinq, il les ramène à l’Ermitage et y gagne un pourboire de 50 centimes. Avant de le renvoyer, les deux femmes lui demandent leur chemin pour revenir à pied à Fontainebleau en passant par le Bouquet du Roi.
- On les perd de vue au carrefour de la Croix de Franchard. Mais seule Mme Frigard est revenue à l’hôtel, y a dîné avant de repartir avec l’omnibus pour prendre le train de 18h14 pour Paris.