Histoire

Février 1814 : la campagne de France en Seine-et-Marne

Les armées de Bohême et de Silésie mènent une campagne en France à partir de décembre 1813 pour tenter de mettre fin à l’Empire. En février 1814, la Seine-et-Marne est le théâtre des combats, notamment celui de la bataille de Montereau.

La 6e coalition contre Napoléon

Entre décembre 1813 et avril 1814, la 6e coalition -  formée par la Grande-Bretagne, la Russie, la Prusse, des états allemands de la Confédération du Rhin et de l'Autriche - mène une campagne en France contre l'Empire napoléonien. Le plan de la coalition est le suivant : l’armée de Bohême, dirigée par le prince Charles-Philippe de Schwarzenberg, marche contre Napoléon pour permettre à l’armée de Silésie, dirigée par le prince Gebhard Leberecht von Blücher, de prendre Paris.

Jusqu'au 8 février 1814, les armées alliées progressent à l'est et au sud en direction de Paris. Les troupes napoléoniennes battent alors en retraite. Toutefois, la 6e coalition commet une erreur stratégique en dirigeant l’armée de Silésie au nord de la Marne et l’armée de Bohême au sud de la Seine. Une succession de victoires françaises se déroule alors sur le territoire de la Marne (10-14 février 1814) puis de la Seine-et-Marne et de l'Aube (15-26 février 1814).

Chronologie des événements

11 février

L’armée de Bohême, dirigée par le prince de Schwartzenberg, attaque Moret-sur-Loing mais est repoussée au sud de la Seine.

12 février

L’armée de Bohême franchit la Seine à Bray malgré la résistance acharnée des soldats français. Elle investit le sud du département de Seine-et-Marne avec l’appui d’autres troupes via le Loiret et l’Yonne.

13 février

Tandis que Moret et Nemours tiennent face aux attaques, des troupes françaises font sauter le pont de Nogent-sur-Seine (Aube) et se replient à Provins et Nangis.

14 février

Début de l’occupation de Montereau par les troupes étrangères. Ce passage stratégique au confluent de l’Yonne et de la Seine commande la route vers Melun et Paris.

15 février

Napoléon se rend à Meaux avec la Garde.

16 février

Ayant mis en désordre l'armée de Silésie à la frontière de l'Aisne, la Marne et le nord de la Seine-et-Marne, Napoléon installe son grand quartier général à Guignes (Seine-et-Marne) pour commander une offensive contre l'armée de Bohême au sud du département. Les positions respectives des armées opposées sont :

Armée française armée de la 6e coalition
  • Chaumes-en-Brie, Verneuil et Beauvoir : 2e corps (maréchal Victor)

  • Guignes, Ouzouer-le-Vougis : 7e corps (maréchal Oudinot)

  • Solers : 11e corps (maréchal Macdonald)

  • Arcis, Aubepierre et Beauvoir : 5e corps de cavalerie (général Milhaud)

  • Guignes : division de dragons (général Treilhard)

  • Fontenay : vieille garde

  • La Houssaye : cavalerie et artillerie de la garde et jeune garde

  •  
  • Lissy, Fourches, Limoges, Moissy-Cramayel, Réau, Melun et Evry : corps du général Pajol

  • Guignes : escadrons de cavalerie (général Bordesoulle)

  • Corbeil, Essonne : 1re division de réserve de la garde (général Charpentier) et 2e division de réserve de la garde (général Boyer de Rebeval)

  • Villeneuve-Saint-Georges : 1re division de réserve (duc de Padoue)

  • Charenton : équipages du grand quartier général, parcs et convois

  • Nogent-sur-Seine et Bray : réserves russes (empereur de Russie, roi de Prusse et prince de Schwarzenberg)

  • Sens : réserves autrichiennes et cavalerie de Lichtenstein

  • Nangis et Mormant : corps Wittgenstein

  • Donnemarie : corps bavarois de Wrède

  • Pont-sur-Yonne : corps du général Giulay

  • Moret et Fontainebleau : division Ignace Hardegg

  • Fossard : division du général Bianchi

  • Montereau : corps de Wurtemberg (général Koch)

  • Gâtinais et Orléanais : cosaques (général Platow et général Seslavin)

  • Montmirail et Meilleray : corps du général Diebitsh et du prince Lubomirski

Le prince de Schwarzenberg a pour plan de replier vers Troyes tous les corps engagés sur la rive droite de la Seine, en faisant sauter les ponts, afin d'y retrouver l'armée de Silésie pour concentrer les deux armées d'invasion et marcher ensemble sur Paris.

Napoléon a pour plan d'attaquer avec les troupes engagées sur la route de Paris pour saisir le plus rapidement possible les ponts de Montereau et de Bray et obliger l'armée de Bohême au combat avant la reconstitution et l'aide de l'armée de Silésie.

17 février : la bataille de Mormant

Une partie des troupes coalisées recule dès le matin sur Provins et Nogent. Des combats se tiennent à Mormant, en partie sous le commandement de Napoléon, puis à Villeneuve-le-Comte, Grande-Maison, et leurs environs. Les troupes coalisées sont repoussées en direction de Montereau, de Nangis, de Grand-Puits et de Donnemarie-Dontilly. Toutefois, entre Bailly et Nangis et à Gurcy-le-Châtel, les troupes françaises réussissent à stopper plusieurs fois leur retraite, provoquant la débandade de plusieurs bataillons. Par ailleurs, les marais de l’Encoeur compliquent la retraite vers Grand-Puits et facilitent la destruction de troupes ennemies. L'armée napoléonienne avance en deux colonnes, l'une vers Donnemarie-Dontilly (bivouac à Montigny-Lencoup, Salins et Savins, Maison-Rouge), l'autre vers Montereau (bivouac à Valence-en-Brie). Napoléon se trouve au château de Nangis. Quittant Provins et Donnemarie-Dontilly, les troupes coalisées se retirent vers Nogent, atteignent Bray et occupent les villages de la rive droite voisins du pont pour en interdire l'accès aux Français.

Malgré les mouvements de la journée, Napoléon n'a pas pris possession des ponts de Bray et de Nogent. De plus, il apprend tardivement que le pont de Montereau est encore aux mains d’environ 18 000 soldats ennemis, dirigée par le prince de Wurtemberg, basés à Montereau, du hameau des Ormeaux (aujourd’hui quartier de Montereau) jusqu’à Forges.

18 février : la bataille de Montereau

Des troupes françaises parcourent le territoire entre Montereau et Bray, libèrent Fontainebleau et Moret-sur-Loing, retranchant les troupes étrangères derrière le canal du Loing.

Parallèlement, après plusieurs tentatives infructueuses pour prendre le plateau de Surville (Montereau), l'armée française parvient à maîtriser le feu ennemi sous le commandement du général Gérard puis de Napoléon. Pressées de Valence-en-Brie à Montereau, les troupes ennemies se désorganisent et tentent avec difficulté de battre en retraite en traversant le pont de Montereau. L'encombrement du passage gêne aussi l'intervention de leur renfort basé sur la rive gauche. Si le pont résiste à une explosion ordonnée pour empêcher le passage de la cavalerie française, les habitants secondent l'armée impériale en jetant des tuiles et des meubles par les fenêtres sur l'ennemi.

A l'issue de la bataille, les troupes coalisées poursuivent leur retraite en direction de Trainel et de Nogent-sur-Seine. D'autres atteignent Villenauxe, et Courtavant ou rejoignent la rive gauche entre Bray et Nogent. Dans les jours suivants, Napoléon quitte le château de Surville et dirige ses troupes vers Sens, Bray et Donnemarie-en-Montois.

Chassées de Seine-et-Marne, battues et désunies, les armées de la coalition reprennent le dessus à partir du 27 février 1814 (victoire à Bar-sur-Aube) jusqu'à atteindre Paris le 30 mars 1814. Quelques jours plus tard, le 11 avril 1814, Napoléon abdique à Fontainebleau.

  • EN SAVOIR PLUS : consulter la page consacrée à l'abdication de Napoléon Ier

Les effets de l'occupation et des combats en Seine-et-Marne

A l’issu de la bataille de Montereau, on dénombre :

  • Pour la coalition : 1470 blessés, 6000 morts, 3000 prisonniers de l'armée de Bohême, dont l'un des généraux du prince de Schwartzenberg.
  • Pour les troupes françaises : 370 blessés (dont 4 habitants de Montereau atteints par un obus de l’artillerie française dans leur habitation).

Certains corps sont jetés dans la Seine, d’autres enterrés par les habitants des communes en aval de la Seine. Ce n’est que le 20 mai 1814 que le maire de Montereau fait appel à un commissaire désigné et chargé d’organiser l’enterrement des cadavres et des chevaux morts.

Le passage des troupes et le déroulement des combats causent des dégâts matériels (perte de bestiaux, de fourrage et de vivres, incendies d’habitations, etc.) à Montereau et les communes environnantes, en particulier à Varennes, La Brosse-Montceaux, La Tombe, Cannes, Varennes, Forges et La Grande Paroisse.

Sur Internet

Voir aussi

Bibliographie & sources

Ces documents et ouvrages sont consultables en salle de lecture grâce à la cote indiquée.

  • Lentz (Thierry), Napoléon, dictionnaire historique, Perrin, 2020.
    Cote : 8[9709
  • Loubet (Ludovic), La bataille de Montereau, mémoire de maitrise, université Paris I Panthéon-Sorbonne, 1999-2000.
    Cote : 100J964
  • Bienvenu (Jacques), La campagne de France, Montereau : Imprimerie du Progrès, 1964.
    Cote : AZ9086
  • Père Tondu-Nangis, La bataille de Montereau, Montereau : Geroges Zanote, 1900.
    Cote : 16[1188