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Une lettre princière de 1789

En 2019, les Archives départementales ont acquis lors de la vente aux enchères Thierry de Maigret (collection Amaury Taitinger) une lettre de madame Elisabeth à madame de Polignac, écrite à Versailles à une date historique, le 4 août 1789.

Une lettre entre Madame Elisabeth et Madame de Polignac

Cette lettre est écrite par Madame Elisabeth à madame Etlinguers, nom d’exil de madame de Polignac.

Elisabeth de France (1764-1794), dite Madame Elisabeth, est la dernière des sœurs de Louis XVI. Au moment de la Révolution française, elle refuse tout compromis et s'oppose à la monarchie constitutionnelle. Soutien indéfectible de son frère, elle refuse de s'exiler contrairement à d'autres membres de sa famille. En juin 1791, elle accompagne Louis XVI et Marie-Antoinette dans leur fuite. Arrêtée à Varennes, puis emprisonnée à la prison du Temple, elle est guillotinée en mai 1794.

Madame de Polignac (1749-1793), de son nom de jeune fille , Yolande de Polastron, est l'épouse du comte Jules de Polignac. Amie proche de la reine Marie-Antoinette, elle est gouvernante des Enfants de France à partir de 1782. Lors de la Révolution, elle part en l’exil en Suisse, en Italie, puis en Autriche où elle meurt en 1793.

Une lettre écrite entre la prise de la Bastille et l'abolition des privilèges

Madame Elisabeth donne des nouvelles de la famille royale et de la cour, dans ces jours agités qui séparent la prise de la Bastille de la « nuit du 4 août » marquant l’abolition des privilèges : « Paris est calme, mais les provinces ne le sont assurément pas », qui fait allusion aussi à « la Grande peur ». Elle évoque la nomination de nouveaux ministres aux postes clés par Louis XVI, la santé de sa nièce Madame Royale, et la suite d’un évènement s’étant produit en Seine-et-Marne : l'arrestation de monsieur de Bésenval.

L'arrestation en Seine-et-Marne du responsable des forces armées

Quelques jours plus tôt, monsieur de Bésenval, responsable des forces armées d’Ile-de-France, à qui le roi avait conseillé de partir à son tour en exil, est arrêté à Villegruis près de Provins. C’est aux confins de l’actuelle Seine-et-Marne et de l’Aube qu’il est reconnu et ramené de force vers Brie-Comte-Robert, où il est incarcéré. Personnage important dans ce contexte de guerre civile naissante, le « j’espère qu’il ne lui arrivera rien de fâcheux » de Madame Elisabeth atteste l’inquiétude que suscite alors le sort des royalistes pour ceux demeurant à Versailles…

Une lettre miroir d'un épisode briard de la Révolution française

Au-delà de la passionnante « prise de température » de l’état de la France dans ces jours critiques et la finesse d’analyse d’une personne stratégique de la cour, c’est « l’effet de miroir » de l’épisode briard contenu dans cette lettre qui offre de l’intérêt. Et ce d’autant plus que la fortune critique de l’estampe révolutionnaire de « l’Arrestation » amplifie le succès que l’image eut dans la presse de l’époque. En effet, en 1989, pour la commémoration de la Révolution, c’est cette estampe que la ville de Brie choisit de rééditer ! Un document étonnant donc, rédigé en plein premier « virage » pris par la Révolution à l’égard de la monarchie, et seulement quelques heures avant l’anéantissement de plusieurs siècles de féodalité par l’abolition des privilèges.

Transcription de la lettre

L'orthographe est fidèle au texte d'origine.

A Madame Charles Etlinguers – Ce 4 août 1789 vous avés du recevoir une lettre de moi, j'aurois adressés celle cy à Bale comme vous me le marqués, si l'on ne m'avait pas dit aujourd'huy que vous quittiés cette ville, c'est donc encore à Soleure que je vous dirai que nous nous portons tous bien au phisique, notre ainée est soufrante infiniment depuis huit jour, sans causer la moindre inquietude, Paris est calme, mais les provinces ne le sont assurement pas, on dit que le maire de St-Denis a été pendu hier. Mr le B. de Besenval est toujours à Brie, j'espère qu'il ne lui arrivera rien de facheux, l'on s'occupe lentement de la constitution, tout cela sera encore bien long, le Roy a només ce matin les ministres Mr

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de La Tour du Pin est à la guerre, l'archeveque de Bordeau garde des sceaux, l'archeveque de Vienne va remplacés celui de Lion, le maréchal de Beauveaux entre au conseil. Nous sommes enfin parvenu à avoir de la chaleur, elle a été bien tardive, au moins faudroit il qu'elle dura qu'elque tems. Vous aurés bientot le plaisir de voir une personne qui me devient de jour en jour plus chere, elle me donne de ses nouvelles avec une exactitude qui m'enchante. J'espere Madame avoir bientot des votres, et que vous ne doutés pas de l'interets que j'y rents, ainsi que des sentiments que j'ai pour vous.

Références

  • Lettre de madame Elisabeth à madame de Polignac, Versailles, le 4 août 1789, 2 pages, encre sur papier, cachet de cire rouge Cote : J1335