flux rss imprimer (nouvelle fenêtre)

Un Poilu au paradis

  • Retour
  • 20-09-2017
  • ACQUISITIONS

Un poème illustré, hommage aux soldats de la Grande Guerre, acquis par les Archives départementales en avril 2017.

Marc Leclerc (1874-1946), né à Provins, recueille sur le front les dernières paroles d’un compagnon d’armes, le 8 avril 1916, un dimanche de la Passion. Marqué par ce moment, il écrit ces vers dans le patois du pays de Saumur. René Bazin, autre écrivain angevin, préface ce poème dans l’immédiat après-guerre.

L’ouvrage conservé par les Archives départementales est orné par un dessin anonyme. Celui-ci illustre la dernière séquence du poème : le poilu passe la porte du paradis et se voit accueilli par Dieu le Père, assis en majesté et surmonté de la colombe du Saint Esprit. Il est entouré d’anges dont l’un, casqué et armé d’une lance, fait le lien entre le monde de la guerre et le monde céleste.

Ce naïf rapprochement des deux mondes, provoqué par la souffrance liée au conflit, si bien saisi dans le croquis, peut être comparé à l’œuvre d’un grand peintre seine-et-marnais, Georges Desvallières. Familier de Seine-Port depuis le milieu du XIXe siècle, cet artiste est foudroyé par la perte de son fils, Daniel, à l’âge de 17 ans, en mars 1915. Il offre en 1920, à l’église de Seine-Port, la toile In Memoriam sur laquelle sa dépouille, en vêtement militaire, auréolée, est soutenue par le Christ lui-même, debout et de face. La fusion entre le registre militaire et personnel du conflit, et celui de la foi, vient apprivoiser la douleur de toute une nation, si ce n’est la justifier.

Si une embellie savoureuse éclaire la fin du poème de Marc Leclerc (« Et voilà que le Bon Guieu sourit, Et qu’darrièr’lui le Ciel s’ouvrit… »), Georges Desvallières, lui, constate dix ans après le don de cette toile : « Je voulais garder en moi-même l’histoire des grandes angoisses, des deuils, des tristesses, des chagrins et des misères de toutes sortes, et garder une tenue qui empêcherait toute espèce de faiblesse. J’aurais continué cette manière de faire et je crois que j’aurais manqué à mon devoir : il faut, pour les autres, extérioriser toutes les souffrances par lesquelles on est passé. » (Discours d’entrée à l’Institut, 1930)

En cela le poète modeste à la verve rurale et le peintre de Seine-Port se rejoignent.

Référence

  • Leclerc (Marc), La Passion de notre Frère le Poilu, préface de René Bazin, Paris : 1916, 22 pages, 15,5 cm x 12,3 cm. Cote AD77 : 16AZ169 Leclerc (Marc), La Passion de notre Frère le Poilu, préface de René Bazin, Paris : 1916, 22 pages, 15,5 cm x 12,3 cm.
    Cote : 16AZ169
Poème de Marc Leclerc (1874-1946), écrit à Verdun en mars 1916

Poème de Marc Leclerc (1874-1946), écrit à Verdun en mars 1916

Préface de René Bazin
___
Leclerc (Marc), La Passion de notre Frère le Poilu, préface de René Bazin, Paris : 1916, 22 pages, 15,5 cm x 12,3 cm. Cote AD77 : 16AZ169

Voir aussi

Sur ce site