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Le registre d'écrou de la prison de Melun

L'élan patriotique confronté à la dure réalité des combats pousse certains soldats à échapper à la guerre. Certains d'entre eux, les "mutins", sont alors écroués à la Maison Centrale de Melun.

Le contenu du registre

Photographie de la première page du registre d'écrou de Melun

Première page du registre d'écrou
de la prison centrale de Melun
(AD77, YP830)
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Les Archives départementales de Seine-et-Marne conservent actuellement sous la cote YP830 le registre d'écrou de la Maison Centrale de Melun concernant l'année 1917.

Depuis 1808, pour que la détention soit légale, un registre d'écrou est régulièrement tenu à jour pour permettre de justifier avec certitude et à tout moment de la situation judiciaire et administrative d'une personne détenue. Ce registre contient le nom de 603 soldats pour chacun desquels les mentions suivantes sont complétées :

  • le numéro d'ordre d'arrivée ;
  • l'identité (avec filiation) et le signalement de la personne détenue ;
  • l'inventaire de ses effets d'habillement et des valeurs à son entrées et à sa sortie ;
  • l'écrou proprement dit (date et heure d'entrée, nom et qualité de l'exécuteur du mandat, nom du magistrat qui a ordonné l'arrestation, nom de la personne amenée à la prison ainsi que sa position légale ;
  • la copie de l'acte en vertu duquel la personne détenue est écrouée ;
  • les principaux éléments du jugement de condamnation définitive (infraction commise, nature et durée de la peine) ;
  • la date de commencement de la peine, de l'expiration normale, de sortie et motifs de cette sortie (amnistie, grâce, transfèrement, évasion, etc.).

Les motifs de condamnation

Carte postale représentant une vue aérienne de la prison centrale de Melun (AD77, 2 Fi 4707)

Carte postale représentant une vue aérienne de

la prison centrale de Melun
(AD77, 2 Fi 4707) 

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Claude Cherrier a étudié ce registre d'écrou et a relevé différents motifs de condamnation :

  • 471 soldats sont convaincus de "désertion en présence de l'ennemi" c'est à dire sur le front même. Quelques exemples rares mais graves de "violation de consignes en présence de l'ennemi" ressortent également ;
  • 17 soldats sont condamnés pour "désertion à l'intérieur en temps de guerre". C'est le cas du soldat arrêté hors du secteur du front (zone des étapes ou zone de l'intérieur) ;
  • 105 soldats ont commis une double faute de désertion autrement dit en présence de l'ennemi et à l'intérieur ;
  • 5 soldats sont condamnés pour dilution d'armes ou abandon de poste ;
  • 5 soldats sont considérés comme des espions suisses ou comme des Belges condamnés pour trahison par leur Cour martiale.
La lecture approfondie de ce registre permet également de montrer que les déserteurs viennent tous d'unités différentes, de régions différentes et qu'ils sont âgés en moyenne de 26 ans et demi. La majorité d'entre eux a également fait des études élémentaires (seuls 57 sont considérés comme illettrés).

Les hommes dans la prison : le précieux témoignage d'un détenu

Un second registre d'écrou conservé sous la cote YP829 contient le nom d'un détenu aujourd'hui connu pour ses talents d'écrivain : Victor Serge, de son vrai nom Victor Kibaltchiche (1890-1947).

Dans son livre Les hommes dans la prison (réédité en 2011), il fait le récit de son enfermement à la prison de la Santé à Paris puis à la Maison Centrale de Melun entre 1912 et 1917, à la suite d'une perquisition de police dans les locaux du journal L'Anarchie dont il est alors le gérant. Il témoigne alors sur l'enfer des prisons françaises et livre ses réflexions sur les combats de la Première Guerre mondiale.

Références des documents

  • Justice, Centre de détention de Melun, Registre d'écrou (1911 à 1917).
    Cote : YP829
  • Justice, Centre de détention de Melun, Registre d'écrou (1917 à 1918).
    Cote : YP830
  • Victor Serge, Les hommes dans la prison, Climats : Paris, 2011, 265 p.
    Cote : 8°7935

Voir aussi

Sur Internet