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L’hagiographie en langue française dans le domaine royal (XIIIe – XVe siècles)

Présentation

Nolwenn Kerbastard

Étudiante de l’université Paris Ouest-Nanterre, Nolwenn Kerbastard est titulaire d’un Master II d’histoire médiévale obtenu en 2009. La réalisation de son mémoire intitulé « Sur les chemins de Dieu. La mystique pèlerine à la fin du Moyen Âge » a été soutenue par la bourse Christian Courtois, décernée par l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Depuis 2009, elle prépare un doctorat sous la direction de Catherine Vincent, professeure d’histoire du Moyen Âge au Centre d’histoire sociale et culturelle de l’Occident (CHSCO).

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Entretien

Quel est le sujet de votre thèse ?

Entre le XIIIe et le XVe siècle, on constate un phénomène de traductions et de réécritures d’ouvrages du latin vers le français dans le domaine royal. Je tente de saisir la naissance, les étapes de diffusion et la réception de la réécriture d’ouvrages consacrés à la vie de saints ( hagiographies ), en particulier de saints ayant vécu sur le territoire de l’actuel département de Seine-et-Marne aux époques romaines et mérovingiennes (saintes Bathilde et Bertille de Chelles, saint Mathurin de Larchant , saint Séverin d’Agaune , saint Faron de Meaux , etc.).


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Pourquoi étudier des hagiographies ?

J’ai un intérêt profond pour la littérature religieuse du Moyen Âge. Les études hagiographiques ont longtemps été méprisées par la recherche. Pourtant, elles sont primordiales dans la compréhension de la société médiévale. Depuis une trentaine d’années, leurs approches sont renouvelées par les travaux de quelques chercheurs, tels Guy Phillipart, Martin Heinzellmann ou Monique Goullet. Le manque d’études à propos de l’hagiographie en langue vernaculaire a motivé mon travail sur ce sujet.

En étudiant la façon dont les hagiographies passent d’une sphère savante marquée par le latin à une sphère plus profane où s’impose le français, j’ai pour objectif de déterminer comment la religion s’adapte aux nouvelles réalités du monde, si une nouvelle conception de la sainteté et l’affirmation d’une nouvelle identité apparaissent durant les trois derniers siècles du Moyen Âge.

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Comment les traductions d’hagiographies peuvent-elles nous renseigner sur l’évolution de la société médiévale ?

« Souvenir du pèlerinage de saint Mathurin de Larchant », carte postale représentant une statue de saint Mathurin datant du XVe siècle.
(AD77, 2 Fi 4008)

Plutôt que de "traduction", il est plus juste de parler d'une nouvelle version du texte. Les différences de forme et de fond entre les textes d’origine et leurs réécritures peuvent révéler des évolutions idéologiques.
Par exemple, les saints mis en avant ne sont pas forcément les mêmes que ceux du texte d’origine. Cela peut être la preuve d’une volonté de se les réapproprier et de les moderniser. L’identité des traducteurs ou des personnes qui commandent des traductions d'hagiographies peut aussi nous éclairer sur les attentes religieuses et culturelles liées aux traductions (motiver des pèlerinages, promouvoir une identité royale, renforcer une identité locale, etc.).

Depuis ma première année de thèse, je compare œuvres hagiographiques originales et traductions. Ensuite, je recenserai les représentations des saints dans les œuvres d’art, les prières, les livres d’heures, etc. C’est en croisant ces données que je pourrai déterminer si le culte de ces saints devient plus important à la fin du Moyen Âge qu’auparavant.

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Pourquoi avez-vous choisi des saints spécifiques au territoire de l’actuelle Seine-et-Marne ?

"La Reine Batilde prend le voile dans le monastère de Chelles", détail représentant la sainte reposant sa couronne, eau-forte, d'après un dessin de Jean-Michel Moreau (1741-1814), dit Moreau le Jeune.
(AD77, 6 Fi 0910)

Ce territoire fait partie du domaine royal au Moyen Âge. Le dossier documentaire concernant la Seine-et-Marne est de grande qualité : une fois les saints proprement parisiens (saint Denis, sainte Geneviève, etc.) mis à part, il offre le plus large éventail de figures de sainteté.

Au cours de ma thèse, je m’interroge sur la place des saints dans l’affirmation d’une identité locale. Or, les saints « seine-et-marnais » que j’étudie ont pu être des modèles de sainteté pour différents groupes socioculturels, à l’exemple de sainte Bathilde et sainte Bertille liées à l’identité royale. Ils ont aussi pu servir à inciter à des fêtes et des pèlerinages locaux : c’est le cas pour saint Séverin , saint Faron , saint Mathurin , saint Fiacre et sainte Fare.

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