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Archéologie et carpologie des productions vivrières dans les agglomérations antiques du bassin parisien : l’exemple de Châteaubleau

Présentation

Florian Jedrusiak

Depuis 2004, Florian Jedrusiak effectue des études universitaires à l’université Paris Ouest Nanterre – La Défense. Au cours de son Master II d’Archéologie et Environnement, il a suivi en 2009 des stages de formation en carpologie , notamment au sein de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (I.N.R.A.P.) et du Centre national de la recherche scientifique (C.N.R.S.). Il participe depuis 2007, aux fouilles du site antique de Châteaubleau et prépare actuellement sa thèse sous la direction de Paul Van Ossel, professeur d’Archéologie.

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Entretien

Quels sont le sujet et l’objectif de votre thèse ?

Cette thèse est une étude de l’environnement du site gallo-romain de Châteaubleau. Les résidus de graines et de fruits de l’époque gallo-romaine issus des fouilles réalisées par l’association La Riobé sont au centre de mes recherches. Leur analyse permettra de définir la nature et l’importance des cultures vivrières (agriculture, vergers, jardins). Elle renseignera aussi sur la place et le rôle donné au végétal dans l’agglomération, notamment au sein des parcelles d’habitation.

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Pourquoi la carpologie est-elle importante, voire incontournable, pour l’étude de Châteaubleau ?

La carpologie peut constituer un apport majeur lorsque l’archéologie traditionnelle demeure impuissante à répondre à certaines interrogations. L’étude des espèces végétales présentes sur le site de Châteaubleau permet d’infirmer ou de corroborer certaines hypothèses émises lors des fouilles. On peut par exemple déterminer la fonction des espaces non bâtis de ce bourg gallo-romain ou si un artisanat y a été exercé. D’autres chercheurs ont mené des études sur les bois et pollens présents à Châteaubleau (voir la présentation des recherches de Kahina Maames). Une étude carpologique est un complément à leurs travaux et aidera à restituer le paysage existant à l’époque gallo-romaine.

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Pourquoi choisir le site de Châteaubleau pour des recherches en matière de productions vivrières antiques ?

Malgré la multiplication des fouilles de bourgs gallo-romains, leur connaissance est encore marquée d’importantes zones d’ombre. Aujourd’hui, les parcelles d’habitation du site de Châteaubleau sont connues dans leur intégralité : on en connaît les limites, le type d’habitat, les structures de service ou d’activité existantes. Toutefois, les macrorestes végétaux découverts n’ont pas encore été complètement analysés. Au cours de ma thèse, mêlant archéologie et carpologie , je cherche à comprendre l’organisation et les liens de la végétation avec les parcelles sur lesquelles elle se trouve (existence ou non de jardin, de potager… dans les zones non construites).

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Seule la Seine-et-Marne peut-elle actuellement faire l’objet de recherches sur les productions vivrières gallo-romaines ?

Il serait faux d’affirmer que seule la Seine-et-Marne est actuellement en mesure de faire l’objet de recherche sur les productions vivrières gallo-romaines : disons plutôt que c’est effectivement l’un des dossiers les mieux documentés et les plus solides dont nous disposions à l’heure actuelle, et qu’il est donc plus facile d’en tirer des conclusions archéologiquement pertinentes. Des études portant sur les productions vivrières ont été menées dans d’autres départements (par exemple le site de Lattara dans l’Hérault) et, comme dans le cas de la Seine-et-Marne, c’est la connaissance du site et de ses environs qui a permis d’obtenir des résultats satisfaisants. En effet, ce n’est pas tant par manque de volonté que le sujet des études vivrières a été laissé de côté, mais davantage parce que la plupart des sites se trouvent dans l’incapacité de mener les analyses nécessaires, faute d’un travail en amont indispensable à la constitution du dossier.

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En quoi, le dossier documentaire concernant Châteaubleau est-il unique ?

Sans doute est-il un peu excessif de parler d’un dossier « unique en France », mais le site de Châteaubleau est effectivement particulièrement intéressant dans le cadre d’une étude paléoenvironnementale, tant par la quantité d’éléments analysables par la carpologie que par la qualité de conservation des résidus. À cela, il faut ajouter la bonne connaissance que l’on a du site de manière plus générale, ce qui permet d’accréditer ou de réfuter une hypothèse formulée grâce à la carpologie . Et, comme nous le disions précédemment, l’intérêt du site de Châteaubleau réside justement dans le travail effectué en amont de l’étude carpologique elle-même : sans un échantillonnage systématique de toutes les structures fouillées, aucune analyse paléoenvironnementale n’est possible. Dans le cas de Châteaubleau, cet échantillonnage est effectué par les équipes archéologiques depuis près de huit ans et a ainsi permis la constitution d’un corpus important.

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Vous souhaitez en connaître la nature et l’importance, mais où sont situées les cultures vivrières sur le site de Châteaubleau ?

C’est l’un des points sur lesquels j’axe mes recherches : localiser le milieu de production des denrées végétales. Il s’agit de savoir si elles ont été cultivées en périphérie du bourg gallo-romain ou dans les parcelles d’habitation. On a cultivé des légumes dans les agglomérations secondaires, mais je veux savoir, et démontrer, si le bourg romain de Châteaubleau a pu prétendre à une certaine autonomie vis-à-vis des exploitations agricoles. Ces productions ont pu constituer un moyen de subsistance non négligeable. C’est pourquoi il faut aujourd’hui saisir l’envergure des denrées produites en ville au sein du système d’approvisionnement des populations urbaines.

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Ainsi, votre étude, appuyée par la carpologie, pourrait renseigner sur le rapport entre villes et campagnes ?

Il s’agit du dernier axe. Si l’on veut connaître les relations entre les agglomérations secondaires gallo-romaines et la campagne environnante, se pose en fait la question de l’existence d’un territoire agricole que les agglomérations antiques auraient pu exploiter de façon directe. Depuis plus de 30 ans, l’agglomération gallo-romaine est montrée comme quasiment dépendante ou « parasite » d’une campagne environnante productive et des villae . Cette image est-elle encore viable aujourd’hui ? Ce modèle socio-économique est sans doute à pondérer. En définitive, si ce projet permet de mieux connaître Châteaubleau durant l’Antiquité, les données récoltées permettront également de mieux comprendre la vie quotidienne des populations habitant la Seine-et-Marne entre le IIe et le Ve siècle.

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